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Entreprise & Gestion

Association d’entrepreneurs : la créer et la faire vivre

Créer une association d’entrepreneurs prend une soirée. La faire durer prend trois ans, et la plupart n’y arrivent pas. Ce qui les arrête n’est presque jamais juridique : c’est l’absence d’un objet assez précis pour qu’on sache, chaque mois, ce qu’il y a à faire.

Des statuts d’association imprimés étalés sur une table de travail, un stylo posé en travers de la première page

Le cadre est le plus léger du droit français. Deux personnes, des statuts, une déclaration en préfecture, une publication au Journal officiel des associations : l’association loi 1901 existe. Aucun capital, aucune formalité comptable lourde tant qu’il n’y a ni salarié ni subvention importante. Cette facilité est un piège, parce qu’elle laisse croire que la partie difficile est faite.

L’objet, seule décision qui compte

Un objet trop large condamne la structure. « Favoriser le développement économique du territoire » n’engage personne et ne permet de refuser aucune demande. Un objet utile décrit une population, un problème et un moyen : les entreprises de moins de cinquante salariés d’un bassin donné, la difficulté à recruter des profils techniques, et l’organisation d’un lien durable avec les établissements de formation du secteur.

Cette précision se paie tout de suite : elle réduit le nombre d’adhérents potentiels. Elle rapporte ensuite, parce qu’un adhérent qui sait pourquoi il cotise renouvelle. Le même raisonnement vaut pour un club d’entreprise généraliste, à ceci près qu’un club plus ancien peut se permettre d’être vague : son histoire fait office d’objet.

La gouvernance, écrite avant d’être utile

Bureau
Trois à cinq personnes, avec des mandats de durée limitée et renouvelables une fois. La limite protège de l’usure autant que de l’appropriation.
Conseil
Assez large pour représenter les secteurs présents, assez petit pour décider. Au-delà de quinze, on ne délibère plus, on assiste.
Commissions
Un pilote nommé, un objectif écrit, une date de rendu. Sans les trois, une commission est une liste de diffusion.

Les statuts doivent aussi prévoir l’ennuyeux : la radiation pour non paiement, la convocation d’une assemblée générale extraordinaire, le sort des biens en cas de dissolution. On les écrit quand tout va bien, précisément parce qu’on ne les écrira jamais correctement quand tout ira mal.

Le budget des deux premières années

Une association d’entrepreneurs qui démarre a trois postes de dépense : la communication, les rencontres, et le temps administratif. Le troisième est toujours sous estimé. Convoquer, relancer, tenir la liste à jour, envoyer les comptes rendus : c’est un mi temps déguisé, réparti entre bénévoles qui ont déjà une entreprise à faire tourner.

Le premier salarié d’une association d’entrepreneurs arrive toujours trop tard. Le jour où l’on constate qu’il en faut un, on a déjà perdu deux ans de projets à moitié menés.

Côté recettes, la cotisation ne suffit presque jamais. Les compléments classiques sont la contribution des partenaires publics sur un projet identifié, la participation aux frais lors d’événements, et l’apport en nature : une salle prêtée, une impression offerte, une heure de comptabilité. Ce dernier poste mérite d’être valorisé dans les comptes, ne serait ce que pour montrer la réalité de l’effort collectif.

Les premiers chantiers qui marchent

  • Une opération de rapprochement avec les lycées et centres de formation du bassin.
  • Une visite d’entreprise ouverte aux autres membres, avec un temps de questions.
  • Un annuaire interne des compétences, tenu par les membres eux mêmes.
  • Une prise de parole commune auprès de la collectivité sur un sujet précis.
  • Un temps convivial sans ordre du jour, deux ou trois fois par an.

Le point commun de ces chantiers est qu’ils produisent un résultat visible en moins de six mois. Une association qui annonce un plan à trois ans avant d’avoir réussi une action à trois mois perd ses adhérents avant la première échéance. Une fois la mécanique lancée, les sujets plus lourds deviennent possibles, y compris l’accompagnement des membres en difficulté ou la préparation collective des cessions d’entreprises à venir.

Reste un point que peu de statuts abordent : la relation avec les autres structures du territoire. Une association d’entrepreneurs qui double le travail d’une chambre consulaire s’épuise. Celle qui se place là où personne n’est, en général sur le lien entre entreprises et emploi local, trouve sa place sans avoir à la disputer.